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Le travail rend plus malade que prévu

Le travail rend plus malade que prévu

Tout l’enjeu de ce rapport de Santé publique France, paru mardi, qui s’appuie sur un réseau de médecins du travail volontaires dans tout le pays, est de pointer le grand écart entre les maladies professionnelles (MP), reconnues comme telles, et les pathologies à caractère professionnel (MCP), causées par le travail mais non indemnisées par la Sécurité sociale. « D’après les résultats, 5 à 7 % des salariés sont touchés par des maladies et symptômes non reconnus en maladies professionnelles, que les médecins du travail estiment en lien avec le travail », assure ainsi Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France.

Ces résultats montrent d’ailleurs une augmentation des pathologies, particulièrement chez les femmes. Le taux de signalement des MCP par les médecins du travail a ainsi bondi de 6,2 % à 11,4 % chez les travailleuses entre 2007 et 2018 et de 4,9 % à 7,1 % chez leurs collègues masculins sur la même période. « Tous les dispositifs qui ont été créés en matière de santé au travail sont à prédominance masculine », pointe Jérôme Vivenza, représentant de la CGT au Comité d’orientation des conditions de travail, pour expliquer cette nouvelle inégalité entre les sexes.

cocher toutes les cases

Les inégalités existent aussi selon le poste occupé. Ainsi, les ouvrières ont 16 fois plus de troubles musculo-squelettiques (TMS) que les cadres. Cette tendance semble s’inverser en matière de souffrances psychiques, mais le rapport met en garde sur une possible sous-déclaration chez les ouvriers. Car, dans ce type de pathologie, l’organisation du travail est souvent mise en cause. Ainsi, un travailleur sur six aurait été confronté à un comportement social hostile (violences, harcèlement, intimidations) en lien avec son environnement de travail. Et la moitié de ces souffrances est directement imputable au management.

Ces résultats sont utilisés par la Commission nationale chargée d’évaluer le coût de la sous-déclaration des accidents du travail et des maladies professionnelles. Or, ce coût est énorme : 75 % des TMS diagnostiqués relèveraient de maladies professionnelles reconnues, donc potentiellement par la Sécurité sociale. Mais dans les fait, ce n’est pas le cas. « Pour être indemnisé, il faut rentrer dans les cases de tableaux. C’est lunaire, excluant, et ça ne prend pas en compte les multi-expositions, explique Jérôme Vivenza. Par exemple, pour que le Covid soit reconnu comme maladie professionnelle, il faut à la fois être soignant, avoir été exposé entre deux dates précises, et avoir été en réanimation. Il n’y a rien sur les Covid longs.  » Un travailleur en souffrance qui ne coche pas toutes les cases doit alors défendre son dossier devant le comité de réforme.

Jérôme Vivenza salue ce rapport, « un outil de mesure des injustices », mais regrette qu’on n’en tire aucune conséquence. « Il faut un système de santé au travail bienveillant, car non seulement on tombe malade au travail, mais faire reconnaître cette pathologie relève du parcours du combattant », insiste-t-il. 

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